Nouvelle

Festival Voix d’Amériques 2008, une édition particulièrement audacieuse et un public fidèle

Mardi 19 février 2008
7521

Suite au fulgurant succès de l’édition 2007 avec Richard Desjardins comme invité d’honneur, on se demandait ce que la 7e cuvée du Festival Voix d’Amériques (FVA) réservait pour aller encore plus loin… En offrant une programmation audacieuse, le FVA a une fois de plus remporté son pari et mobilisé un public nombreux, curieux, solidaire et festif!

Comment ne pas tomber sous le charme du poète new-yorkais John Giorno qui a prouvé qu’à 72 ans il était encore une bête de scène mais aussi un artiste profondément intègre et attachant. La rencontre de cet invité d’honneur avec des artistes d’ici — poètes, performeurs, musiciens, chanteurs — a eu pour résultat trois spectacles intenses et différents.

Le spectacle La Salle des pas perdus, présenté à Ex-Centris, a étonné par sa beauté, sa force, sa poésie et son humour mais aussi par son côté happening qui dérange et qui réveille.

Une autre qui a étonné et dérangé c’est l’imposante musicienne et chanteuse transgenre Baby Dee, avec en première partie les audacieuses Giselle Numba One et Donzelle.

Dans un autre registre, Jérôme Minière a ravi le public avec sa soirée carte blanche bercée de nuances, tendresse, humour fin et fragilité.

Le Festival s’est terminé à guichet fermé avec un Combat contre la langue de bois particulièrement relevé et un Cabaret DADA délirant, déjanté et flyé. De nombreuses personnes ont dû rebrousser chemin devant ces deux spectacles archi «sold out». Un succès qui s’explique sans doute par le fait qu’on a rarement la chance d’assister à des événements aussi originaux dans le contexte intime d’une salle comme La Sala Rossa. C’est ça Voix d’Amériques, l’intensité du moment, le sentiment de vivre une soirée historique, d’être immensément vivant, de faire partie d’une communauté.

La nouvelle série «5 à 7 Bandpoésie» a été bien accueillie. Ces spectacles gratuits sont devenus de véritables happenings où chaque band a mobilisé son public et où les curieux sont venus faire des découvertes. Entre Jérémi Mourand qui a cassé la baraque, le transcendant groupe K.A.N.T.N.A.G.A.N.O. qui nous a permis de découvrir le poète iconoclaste Gilles Robert, et l’étonnante rencontre entre le band de Mélanie Auclair et l’électrique-électronique D. Kimm; le concept a prouvé sa pertinence et reviendra l’an prochain.

Et les fameux Shift de nuit? Toujours le lieu des surprises, rencontres improbables, dérives et insolences, mais aussi des moments de grâce et de pure poésie. Ils étaient animés par l’imposant Michel Vézina, accompagné des musiciens Philippe Brault et Guido del Fabbro qui ont démontré durant huit soirs consécutifs leur virtuosité, leur esprit d’écoute, leur originalité et leur humour. Ces fins de soirée sont un lieu de rencontre essentiel à la magie et l’âme du FVA. Souhaitons que ce trio d’enfer soit encore de la partie l’année prochaine.

Et le public? On parle souvent du public du FVA et avec raison. Au fil des ans il s’est créé un véritable pacte entre D. Kimm, la directrice artistique du FVA qui propose des spectacles audacieux faisant place aux voix différentes, et le public hétéroclite et curieux qui accepte de prendre des risques et se déplace en grand nombre malgré la froidure, les tempêtes de neige et autres surprises de février.

Cette 7e édition du Festival Voix d’Amériques aura réuni autour de 2,700 spectateurs avec un taux d’assistance de 93%. Pas mal pour un petit festival qui compte peu de moyens et une équipe extrêmement réduite. Ce qui prouve que le mandat des Filles électriques, produire et diffuser des événements artistiques interdisciplinaires liés à la poésie et au texte performé, et désacraliser la poésie pour la rendre plus vivante, amener la poésie dans nos vies et faire du quotidien quelque chose de fantastique, a sa raison d’être.

On souhaite une longue vie au Festival Voix d’Amériques, mais aussi plus de moyens aux Filles électriques pour continuer de faire évoluer cet événement unique et stimulant.