Nouvelle

Phénomena 2013 : un bilan éclatant

Mercredi 30 octobre 2013
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C’est lors de cette deuxième édition que Phénomena a pu exprimer avec éclat sa mission et sa différence. Par la présentation de créations inédites présentées par des artistes émergents et inclassables et par une occupation spectaculaire du Bain Saint-Michel. Le lieu est utilisé depuis quelques années pour des événements underground mais plusieurs spectateurs y mettaient les pieds pour la première fois.

Sans fausse modestie, un des spectacles qui a marqué cette édition est certainement notre Mythologie expliquée (par les tableaux vivants) qui réunissait une dizaine d’artistes et un groupe d’adolescents de l’école Saint-Louis, située à deux pas du Bain Saint-Michel. Une des plus belles réalisations de la compagnie Les Filles électriques qui exprimait avec exubérance notre esthétique. Le spectacle, qui présentait en 10 tableaux les plus importants héros de la mythologie grecque, était quasi somptueux grâce aux projections vidéo de Allison Moore et à la musique de Guido Del Fabbro, appuyé par les chanteuses Émilie Laforest et Clara Furey. Les performeurs ainsi que les adolescents qui ont joué les tableaux étaient tout simplement irrésistibles. Un spectacle très couru que nous souhaitons continuer de faire tourner.

Autre moment fort au Bain Saint-Michel: le spectacle Les bois dormants de Julie Desrosiers. Ce petit bijou alliant marionnette contemporaine et théâtre d’ombres devait être au départ un spectacle intimiste, mais à la demande générale et pour ne pas décevoir trop de spectateurs, l’artiste a accepté de le présenter devant une salle pleine à craquer, mais néanmoins attentive (dont plusieurs enfants enchantés). Un spectacle qui devrait connaître une belle vie en tournée.

Toujours au Bain Saint-Michel, on a pu assister à une performance impressionnante de 2boys.tv et de leurs invités, dont rien de moins qu’une chorale de 33 chanteurs qui a envahi l’espace illuminé par les projections de Aaron Pollard et les éclairages magiques de Lucie Bazzo. On était littéralement transportés dans une autre dimension. La soirée Fantasmagories 1 a permis d’explorer d’autres facettes de la performance avec de jeunes artistes issus de différentes disciplines, une autre soirée présentée devant un public jeune.

Des artistes majeurs de l’interdisciplinaire ont présenté leur nouvelle création. Les Fermières obsédées ont montré qu’elles sont capables de donner leur 100% dans une performance mémorable, sportive, physique et salissante. Marcelle Hudon et Maxime Rioux ont quant à eux présenté leur magnifique installation La Chambre des lutteurs, composée d’intrigants automates qui bougent grâce aux ultrasons. Les artistes ont su créer un environnement poétique, délicat et magique que le public a eu beaucoup de plaisir à découvrir.

La Sala Rossa c’est le quartier général du festival et des Filles électriques depuis 12 ans. On y présentait cette année une programmation éclectique et diversifiée. Parmi les moments forts, mentionnons le happening créé autour du film Smile Stealers réalisé par Allison Moore et Jasa Baka avec moult personnages colorés et costumés tant sur la scène que dans la salle, au grand bonheur du public jeune et festif, dont plusieurs personnes ayant participé au tournage de ce projet qui a demandé 4 ans de travail. Toujours à La Sala Rossa, on a pu découvrir des créations de marionnette contemporaine avec Le Cirque orphelin présenté par Les Sages Fous, de théâtre d’ombres avec Tout inclus sur la Planète Rouge et de théâtre d’objets avec The More of Everything Revival Hour. C’était l’occasion de présenter le travail de jeunes artistes anglophones très actifs et que le public francophone a enfin pu découvrir.

Une belle surprise de la programmation à La Sala Rossa a certainement été le spectacle Recompose d’Émilie Monnet qui réunissait de jeunes performeurs autochtones de différentes communautés (dont plusieurs sont aussi impliqués dans l’exposition Beat Nation actuellement au Musée d’art contemporain), une proposition forte et originale, très belle visuellement, et bien loin des clichés traditionnels sur les autochtones.

La danse était à l’honneur avec les Sœurs Schmutt qui nous ont entrainés dans l’univers Schmuttland durant 3 heures (ouf!) et un Short & Sweet particulièrement inspiré puisque plusieurs artistes ont utilisé comme élément de recherche cette contrainte de travailler dans l’esprit de Georges Méliès. Le festival s’est terminé dans un esprit de décadence et de déconstruction avec le Cabaret DADA Les 1001 (Guizo-La) Nuits, mettant en scène Guizo (alter ego de Alexis O’Hara) et Gigi (alter ego de Stephen Lawson du duo 2boys.tv). Un spectacle trash délibérément underground pour les fidèles de La Sala Rossa.

Notre proposition d’offrir à des musiciens la possibilité d’explorer les projections à La Casa del Popolo a donné des moments particulièrement forts avec les spectacles de Magie et de Marie Davidson, présentés devant une salle archi comble. Ces jeunes artistes de 26-28 ans sont très représentatifs d’une nouvelle génération qui réussit à allier des références littéraires, cinématographiques et musicales pour créer un univers inusité et théâtral. On a pu constater la même capacité de créer un univers musical et visuel magique lors de la soirée partagée par Nouveau Zodiaque (Xarah Dion) et Jean-Sébastien Truchy.

On ne peut tout nommer bien sûr, mais mentionnons tout de même la performance marathon de la courageuse Julie Bernier. Cette artiste qui vit à Chicoutimi a passé 72 heures (jour et nuit) dans la vitrine de la galerie Occurrence. Les passants pouvaient communiquer avec elle via un téléphone installé à l’extérieur. Certains sont devenus des habitués et ont passé des heures à discuter avec elle. L’artiste était toujours disponible pour accueillir avec beaucoup d’humanité les confidences de ces inconnus.

Nous avons aussi occupé l’espace public de manière poétique avec les performances extérieures inusitées. Mentionnons la parade des Padox dans le quartier Mile End, les danseurs du duo Alchimie dans une bulle géante située devant la bibliothèque, la performance de Mélanie Verville dans le Champs des possibles et la magnifique installation du collectif Pourquoi Jamais dans le stationnement de La Sala Rossa qui a ravi les passants de la rue Saint-Laurent.

Phénomena a aussi été un succès par la participation d’un public enthousiaste et complice composé de jeunes, d’artistes confirmés et émergents et de personnes de tous âges attirées par la diversité de nos propositions artistiques. On a pu constater qu’après deux ans d’existence seulement, le festival est devenu une tribune privilégiée pour toute une génération et une communauté d’artistes qui cherchent à inventer de nouvelles formes, de nouvelles façons de faire.

Quelques chiffres en résumé pour Phénomena 2013:

  • 150 artistes provenant du Québec, du Canada, de France et d’Espagne
  • 40 spectacles présentés en salles pour 2 550 spectateurs.
  • 20 performances hors les murs qui ont rejoint environ 1330 spectateurs
  • Au total 3880 personnes auront fréquenté le festival
  • Une augmentation de 30% de spectateurs par rapport à 2012
  • Une augmentation de 63% de spectateurs payants par rapport à 2012!!!

La prochaine édition de Phénomena aura lieu du 17 au 24 octobre 2014.